Musique

Maxime Ruiz c’est sans doute l’un des photographes les plus artistiques et multi-cartes de la sphère musicale. Lui ne couvre pas les concerts ("Trop fatiguant, trop de contraintes et Claude Gassian fait ça tellement bien !"). Son truc, c’est plutôt le tête-à-tête, l’intimité, le travail de l’image et du décor. Noir et blanc, couleurs flamboyantes, sépia… Les clichés de Maxime Ruiz ne se contentent pas de montrer, ils disent. Prenez la photo qui illustre la pochette du dernier album de Francis Cabrel, Les beaux dégâts. Le chanteur y figure dans le coin d’une pièce, chez lui, devant une fenêtre. Le dos tourné à l’objectif, il regarde vers l’extérieur. Un instantané banal – "pas du tout mis en scène" dit l’auteur - qui évoque la simplicité légendaire de Francis Cabrel. Tout en le suggérant méditatif sur les "beaux dégâts"qui ont jalonné sa vie et sa carrière. Autre exemple : pour tirer le portrait de la harpiste Isabelle Moretti, Maxime Ruiz lui a glissé entre les mains (par le biais d’un truquage numérique) un immense papillon bleu. Façon poétique et colorée de symboliser l’instrument, et de casser ainsi l’image souvent austère des musiciens classiques.
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L’univers de la musique l’attire comme une évidence : "J’aime en écouter, je suis ouvert à tous les courants musicaux et quand j’admire un artiste et son travail, je suis inspiré, même s’il n’est pas un succès commercial !" En 1982, il signe la pochette de Soleil cherche futur d’Hubert-Félix Thiéfaine: "A partir de ce moment-là, les disquaires ont déplacé ses disques du bac folk vers le bac rock !". En 1989, Francis Cabrel le contacte pour illustrer Sarbacane. Depuis, Maxime Ruiz façonne tous ses albums sous forme de jolis livrets, signant photo et direction artistique. "Il paraît que cela a changé son image de chanteur fleur bleue pour filles…"
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Cet autodidacte exigent refuse de travailler pour n’importe qui. "J’ai besoin de partager une forme d’affection avec ceux à qui mon travail est destiné": Dominique Dalcan, la chanteuse Skye, Didier Lockwood, Peter Kröner, Claude Nougaro (pour qui il réalise un 52’ en 1998 et la pochette d’Embarquement immédiat en 2000). Plus récemment, il signe la photo de Sanseverino sur Les Sénégalaises. Laquelle fût prise chez Maxime Ruiz, dans le studio photo installé dans son salon: "On a fait ça sans fard, après un bon repas au cours duquel on a fait connaissance !"

Fleur De la Haye