Tout près de la ville de Buenos Aires, de ses montagnes de ciment, d’acier, de verre, de briques, il y a le Paraná. Il vient rejoindre sa famille, finir enfin sa longue course.

C’est le delta, où, au détour d’un bras de rivière, sans transition aucune, vous voilà passé dans un autre monde. Vous veniez de baisser la tête pour éviter les branches d’un palétuvier avec votre petite embarcation, et sans l’avoir cherché vous voilà de l’autre côté de la porte invisible, dans un monde étrange, celui de la nature qui à vos yeux de citadin paraît sauvage, celui des mystères de la forêt tropicale.

Ces fleurs, sont-elles issues de mes souvenirs ?
Ou sont-elles nées de l’exil, du besoin de recréer un monde perdu ?

Je le crois, mais j’ai des doutes, aussi.
Je leur ai donné les noms d’affluents du fleuve, trouvés sur une carte.

Il se peut que ces images aient des pouvoirs, si vous savez, comme moi, que des secrets cruels et d’anciennes blessures donnent à la beauté une part de sa puissance.